>>> ETIKAL LAB
1 novembre 2008 par EmmanuelOn avait quitté Etikal Lab après la sortie de son premier album « Particules », qui s’avérait être un disque recouvert d’une obscurité pas toujours rassurante, mais dont la texture musicale était grandement stimulante.
En cette fin d’année 2008 le groupe semble emprunter une voie (voix?) artistique plus lumineuse, moins tendue et clairement plus Rock, comme en témoigne « Architecture des coïncidences » second album d’Etikal, merveilleux et clairvoyant, fraîchement sorti le 24 octobre dernier. En quelques mois, le trio s’est transformé en quartet puis en quintet intégrant une section rythmique de plus en plus imposante, signe de la refonte en profondeur d’un groupe en mouvement. Bref nous retrouvons une formation transformée, heureuse, épanouie et libérant toute sa maturité artistique dans ce second album. N’en déplaise au groupe il n’y a pas de coïncidence et on n’arrive pas au niveau de créativité d’Etikal sans travail ni amour de la musique. Et pour façonner autant de beauté qu’il en existe sur « Architecture des coïncidences », il faut être drôlement amoureux.
Je vous propose d’effectuer le point sur ce nouvel album avec Jibé (clavier / chant), l’un de ses architectes du groupe.
(Propos recueillis par Emmanuel)
Vous venez de sortir votre second album. Pouvez-vous nous en parler un peu…?
Les morceaux de ce nouvel album ont été composés sur la durée, depuis la sortie du premier album jusqu’au début 2008. Ils ont eu le temps d’évoluer, de s’enrichir de nouvelles influences et surtout des univers apportés par Yannis et Eric, respectivement guitariste et bassiste du groupe depuis bientôt 2 ans. Nous avons plutôt bien réussi le pari de faire ressortir de cet album les influences, vraiment éclectiques, du groupe tout en préservant une certaine unité et cohérence. Cet album nous résume plutôt bien. On a du coup bien réfléchi chaque morceau, on les a laissé reposer pour mieux les retravailler ensuite, on les a testés sur scène. Nous avons alors un album plus aéré que le premier, plus divers et plus dynamique. L’expérience de la scène que l’on a eue entre les 2 albums se ressent vraiment. C’est aussi un album autoproduit, enregistré dans les home studios des uns et des autres, qui a laissé la part belle aux coïncidences, aux accidents d’enregistrement et aux joyeux hasards.
Êtes vous satisfait du résultat final?
Oui, vraiment. Ca a été beaucoup de temps, de remises en question, de retouches, de doutes. Mais finalement on est vraiment content de ce nouvel album. On a su faire une force des contraintes de temps et de budget. Travailler avec des contraintes fortes vous pousse souvent à aller au-delà , à amener une vraie réflexion stratégique, que ce soit au niveau musical ou même visuel (packaging, etc.). C’était un risque de faire cet album entre nous, de la prise de son au mixage et aux arrangements, et finalement ça a été la bonne recette. La diversité des morceaux est également un des points très positifs de cet album
Comment s’est passé son enregistrement?
L’enregistrement s’est vraiment déroulé sur ces 2 dernières années. Les prises se sont faites au fur et à mesure, entre le home Studio de Véranne (42 – où j’habite) et celui de Yannis dans le 77, chaque prise a du coup été réalisée dans un état d’esprit particulier qui correspondait au morceau, on a pu enregistrer sans contrainte de temps, quand on en avait envie, quand on le sentait. Aucun technicien son n’est intervenu pendant l’enregistrement, nous avons fait avec notre bagage, l’expérience du premier album, les conseils de Jay, de Yannis, de Walter,…et un peu de coïncidences (piste de voix de test ou de yaourt qu’on laisse finalement avec un traitement spécial, etc.). Nous avons ensuite fait le mixage nous même ce qui nous a apporté une réelle liberté créatrice. En fait ceci permet de mélanger les étapes classiques de composition, d’arrangement et de mixage. On peut ainsi revenir en arrière sans problème et essayer tout ce qui est possible! C’est réellement une manière très plaisante et créative de travailler. Nous tenons à préciser que toutes les lignes de basse ont été enregistrées en « one shot » (dixit Eric , lol).

En écoutant ce nouvel album, j’ai l’impression que votre musique a évolué vers quelque chose de plus positif, de moins sombre, de plus Pop et de moins Trip Hop. Êtes-vous d’accord avec ça?
Tout à fait, et les facteurs sont multiples. Il y a d’abord l’âge. Le premier album était chargé du poids de l’adieu à l’adolescence, avec des morceaux qui nous accompagnaient depuis longtemps, avec des textes souvent à vif, des ambiances très introspectives, des influences trip-hop très présentes. Les vertus cathartiques de ce premier opus nous ont permis de partir sur des bases plus légères pour ce nouvel album et en même temps, une impression de place vide au début. Mais entre temps il y avait eu de nombreux concerts, où on a pu ressentir le besoin de donner un son plus live, plus pop, plus énergique. Et enfin l’arrivé de Eric (Madame de Montespan) et Yannis (Crystal Wall). Non seulement ils nous ont aidé à construire un set live plus vivant, mais ils nous ont donné envie de fouiller plus loin, d’être plus exigeants, plus novateurs. Notre rencontre a été avant tout humaine plus qu’artistique. Et finalement, quand la base humaine est bonne, il n’y a que des bonnes choses qui peuvent en ressortir. La volonté de construire ensemble, de créer un nouveau son, s’est faite petit à petit pour aboutir à « Architecture des coïncidences ». Plus qu’un groupe, nous sommes une petit famille recomposée qui tente de créer des choses agréables à partager ensemble et avec le public.
Le fait d’avoir intégré progressivement un batteur et un bassiste au sein du groupe est-il une conséquence de cette évolution vers une musique plus « Rock »?
On y répond un peu ci-dessus. Mais c’est vrai qu’en plus d’avoir dans nos rangs Yannis et Eric, Quentin (ex. batteur French Paradoxe) vient de nous rejoindre à la batterie (encore une belle rencontre, humaine avant tout). Il a commencé par être notre ingé son. Et puis très vite nous avons eu le projet de tester sa batterie sur notre musique. Il aura fallu attendre le bon moment pour que cela soit possible. Depuis septembre 2008, nous proposons en effet une version concert avec batterie, nous avons du coup fait un vrai travail d’arrangement sur les morceaux. Nous gardons toujours la version concert avec machines, selon les lieux et les disponibilités de chacun. Finalement, l’une des grandes leçons de ces dernières années a été, pour nous, savoir s’armer de patience et attendre le moment opportun, car comme on dit « tout vient à point à qui sait attendre ».
Mais on sentait que ça bouillait en nous, que les crescendo manquaient d’énergie et de cette dynamique pure qu’apporte une « vraie » batterie. Nous faisons une musique basée sur l’émotion, donc faut que ça prenne aux tripes ! Il est fort probable qu’il y ait du screamo et du métal indus sur le 3ème album !
Ce qui est troublant par ailleurs c’est le fait qu’il y ait 4 morceaux qui ne sont pas chantés mais parlés, et où la musique est plus un support d’ambiance. Comment vous est venue l’envie et l’idée de vous tourner vers ce type de composition musicale ?
Déjà dans le premier album il y avait une tendance à chanter sur le souffle, se concentrer sur le phrasé plus que sur la ligne de chant. Nous avons continué à explorer cette piste sur le nouvel album. La langue française est très délicate et parfois, un mot mal choisi, une ligne de chant malheureuse et on peut basculer dans le kitch. En épurant la ligne de chant et en se rapprochant du poème plus que de la chanson, on a trouvé un compromis que nous plaisait bien, on oblige ainsi l’auditeur à se concentrer d’autant plus sur le texte sans être distrait par une ligne de chant trop présente. Après les 8 premiers morceaux plus pop et dynamiques, on propose avec les « poems » comme nous les avons appelés sur notre pochette, d’aller un peu plus loin dans l’intimité du groupe, de partager des choses fortes comme ce morceau « Antony S. » dédié à notre grand père.

Concernant cet album, allez-vous adopter une stratégie et une méthodologie de travail particulière concernant sa promotion?
Oui, nous allons faire une première sortie locale (77 et un peu Paris) en autoproduction, avec peu d’exemplaires et un packaging homemade, et parallèlement nous allons essayer de trouver un support via un label, un tourneur, etc. Nous avons en effet appris beaucoup de notre première autoproduction et nous aimons l’autonomie, mais là , on ressent vraiment le besoin d’une « loupe » d’un levier qui nous permettrait de nous adresser à un plus large public dans toute la France et pourquoi pas au-delà .
Avez-vous des contacts avec des labels pour le sortir ou allez-vous l’autoproduire?
Pour le moment, on utilise toute notre énergie pour l’autoproduire et lui faire une belle sortie locale, mais nous allons activer notre réseau pour aller plus loin.
Avez-vous trouvé un distributeur?
Non, et étant donné le contexte musicale dans lequel sort cet album, sans soutient d’un label, ce serait beaucoup d’énergie pour rien que de chercher à être distribué. Myspace fonctionne bien, même si cela ne rémunère pas, peut être est-il temps de bouleverser un peu les fantasmes des groupes et de se recentrer sur le besoin d’offrir un univers au gens plutôt que de chercher absolument à en vivre et en vivre bien…
Comment voyez vous le futur du groupe, et quelles sont désormais vos ambitions?
On ne prévoit rien, on espère simplement que le travail fournit pourra être diffusé le plus possible, que nous pourrons faire des concerts dans des lieux sympas un peu partout en France. On espère trouver les bons collaborateurs pour cela, et dans tous les cas faire de notre mieux pour faire vivre « Architecture des coïncidences », peut-être que quelques coïncidences nous amèneront à trouver des contacts intéressants et intéressés…Mais jouer reste le plus stimulant, et ce qu’on aime de plus en plus faire, comme le dit Eric : « je veux jouer, plein, et partout, jusqu’à avoir des cernes plein les joues ».
Vous faites parti des groupes qui ont participé aux différents dispositifs d’aide aux artistes en Seine et Marne (la Pépinière et Trampoline). Avec le recul, quel est votre regard sur ce type de dispositifs?
Ils sont indispensables, ils sont un accélérateur de talent, de professionnalisme, mais aussi permettent aux groupes de savoir s’ils sont assez solides pour tenir la distance et toutes les contraintes de la vie de groupe. C’est pour cela qu’il nous a semblé important de faire figurer les logos de l’Amplificateur et de la Pépinière sur notre com. Le réseau nous permet de jouer dans des salles bien équipées, d’apparaître sur une compilation, de s’entraîner avec les médias au jeux des interviews et des chroniques. Les formations nous font rencontrer des professionnels qui nous font grimper les marches 4 par 4 et qui nous aident
à mieux appréhender le milieu professionnel de la musique. Le gros inconvénient des réseaux locaux de musiques actuelles est qu’ils sont tellement axés sur leur scène locale, qu’il devient impossible d’en sortir. C’est de plus en plus dur d’obtenir une première partie sur une autre scène que sa scène locale, les places sont chères et réservées. L’idéal serait de mettre en place des relations et partenariats entre tous les réseaux du territoire pour remettre en place une circulation possible des groupes, afin de désengorger les petits bars/concerts qui se retrouvent à devoir assumer le rôle de découvreur de talents…est-ce bien normal ??
Contact: http://www.myspace.com/etikallab / jibe@etikal-lab.com


3 novembre 2008 at 11:45
Album à écouter d’urgence !!
Vive Etikal et merci !